紙 — KAMI. Le papier.

Dans la tradition japonaise du haïku, on écrit trois lignes après chaque expérience marquante. Trois lignes seulement. Mais on les écrit. Le geste d’écrire fixe le souvenir mieux que mille relectures mentales.

Le pêcheur tenkara qui prend cette habitude se construit une bibliothèque secrète. Pas un manuel — un livre intime. Au bout de cinq ans, il a deux cents micro-récits. Au bout de vingt, plus de mille. Une vie tenkara devient lisible.

Les pêcheurs qui ne notent rien perdent leurs saisons. Ils se souviennent des prises exceptionnelles, mais le reste s’efface. Les jours moyens — qui constituent l’essentiel — disparaissent en six mois.

L’écriture sauve les jours moyens. Et c’est dans les jours moyens, plus que dans les exploits, que se trouve le tenkara véritable.